Climat sous haute tension au CHSLD de Jonquière

CSQ-Dossier CHSLD

Dans les CHSLD de Jonquière, des membres des équipes de soins se sentent prises en otage par un système qui leur en demande toujours plus, en les privant des ressources nécessaires pour y parvenir.

LISE GOULET CONSEILLÈRE CSQ

Épuisées, inquiètes et en colère contre ce système, ces femmes ont témoigné de leur quotidien, en juin dernier, lors des rencontres d’échanges organisées par le Syndicat des intervenantes et intervenants de la santé du Nord-Est québécois (SIISNEQ-CSQ). Nouvelles CSQ présente quelques-uns de ces témoignages percutants.

DES EFFECTIFS NETTEMENT INSUFFISANTS

« Il y a dix ans, trois infirmières auxiliaires prenaient soin des cas les plus lourds sur le quart de jour. Aujourd’hui, une seule doit veiller sur 32 patients en lourde perte d’autonomie. Ça n’a pas de bon sens! », dénoncent plusieurs membres du SIISNEQ-CSQ.

Il faut savoir que, selon une directive ministérielle émise il y a quelques années, seules les personnes dont l’état de santé exige des soins et des services intensifs et spécialisés sont dirigées vers les centres d’hébergement publics de soins de longue durée (CHSLD). Ainsi, le gouvernement alourdit la clientèle et supprime du même souffle des ressources indispensables à leurs soins. Dans la région, au cours des huit dernières années, on compte plus de 80 millions de dollars de compressions budgétaires en santé et services sociaux.

UNE SURCHARGE QUI COMPROMET LES PLANS DE SOINS

Le manque d’effectifs engendre des situations dommageables pour la santé. Parmi celles identifiées par les participantes, mentionnons les retards dans la distribution des médicaments et la non-réalisation de certaines tâches.

« Le délai de quatre heures requis entre deux distributions n’est pas toujours respecté. Le bienêtre de la personne peut être compromis, surtout lorsqu’il s’agit d’antidouleur ou d’antibiotique », déplore une participante.

Il n’y a plus aucune marge de manœuvre : si un patient vomit, a un malaise cardiaque ou chute en marchant, des retards s’accumulent dans les plans de traitement.

UNE USURE PSYCHOLOGIQUE INSIDIEUSE

Être témoin quotidiennement de situations déplorables finit par user le personnel. L’abolition des mesures de contention physique, bien que souhaitable dans l’absolu, entrainerait, par exemple, davantage de chutes avec impacts crâniens. Près de 4000 chutes ont d’ailleurs été enregistrées dans les CHSLD de la région, en 2014-2015.

« Plusieurs personnes confuses ou très médicamentées circulent librement sur les étages, et c’est normal puisqu’il s’agit de leur milieu de vie. Or, nous n’avons pas le personnel suffisant pour assurer la surveillance requise », explique une membre du SIISNEQ-CSQ.

Quant aux systèmes d’alerte intelligents, aux coussinets avec alarme ou message programmé invitant les personnes à se recoucher, ils ne seraient pas toujours appropriés. « Certaines personnes deviennent agressives quand elles entendent ainsi des voix, ce qui complique d’autant plus notre travail », poursuit-elle.

DES TENSIONS, DES CONFLITS

Diverses situations conflictuelles ont été révélées au cours des échanges : certaines personnes se sentent laissées à elles-mêmes, sans soutien, d’autres se disent continuellement dérangées dans leurs tâches par leurs collègues, qui ont pourtant besoin d’aide.

« Bref, tout le monde est débordé, fatigué et essaie de fonctionner dans un système qui n’a plus d’allure. C’est rendu qu’on se chicane tout le temps. Ça doit cesser! », ajoute une infirmière.

Les sources de tension sont multiples : le manque de temps pour compléter les formations obligatoires sur le temps de travail, les risques d’erreurs qui seraient augmentés en raison de l’épuisement professionnel, la surveillance accrue de la part des ordres professionnels, les reproches croissants des familles ou des proches, voire l’agressivité et les menaces dont seraient victimes certaines travailleuses, pour ne nommer que celles-là.

« L’employeur réorganise constamment le travail, on n’a pas les ressources humaines suffisantes et on a de plus en plus d’obligations professionnelles à respecter. Il y a une limite à toujours vouloir faire plus avec moins! », explique une autre membre.

AJOUTER L’INSULTE À L’INJURE

Enfin, la tenue de réunions hebdomadaires avec le gestionnaire autour d’une « station visuelle » (il s’agit d’un tableau blanc) est loin de faire l’unanimité. Les gens sont invités à proposer des pistes de solution aux problèmes alors priorisés.

« Il n’y a ni convocation, ni compte rendu, ni suivi officiel. Jusqu’à maintenant, nous nous sommes attardés aux enjeux du tutoiement, des familiarités envers les usagers, de l’usage des cellulaires et du délai de réponse aux cloches des bénéficiaires, qui ne devrait pas être au-delà de 30 secondes. C’est plus facile à dire qu’à faire quand trois cloches sonnent en même temps et que tu es toute seule sur l’étage! », lance une participante.

Clientèle des CHSLD en 2012-2013 :

  • 42 % étaient des bénéficiaires âgés de 85 ans et plus
  • 66 % comptaient trois problèmes chroniques de santé et plus
  • 80 % présentaient une démence
  • 100 % avaient besoin d’aide à la mobilité

Dans les faits, la station visuelle est un outil du système de gestion de la performance LEAN qui viserait, notamment, à responsabiliser les intervenantes par rapport à la recherche de solutions!

UN EMPLOYEUR RAPPELÉ À L’ORDRE

Danielle Bouchard, responsable du réseau de Jonquière au SIISNEQ-CSQ, a assisté à tous les groupes de discussion. « À la suite de ces rencontres, une lettre a été adressée à la directrice des ressources humaines du CIUSSS Saguenay-Lac-Saint-Jean, le 1er aout dernier, pour rappeler à l’employeur ses responsabilités et lui demander d’agir sans tarder afin de préserver la santé, la sécurité et l’intégrité du personnel soignant. »

« L’employeur doit prendre acte des problèmes dénoncés et apporter les correctifs requis », avertit Nathalie Savard, présidente du SIISNEQ-CSQ.

Entretemps, la leader syndicale invite ses membres à demeurer solidaires en signalant au SIISNEQ-CSQ tout problème lié à leur charge de travail et à l’organisation des soins, si possible par écrit (date, description des faits, supérieurs avisés). Elle invite les familles à dénoncer les situations inacceptables auprès des directions qui prennent les décisions, plutôt qu’auprès du personnel qui ne fait qu’exécuter celles-ci.

« Un plan d’action détaillé est en cours d’élaboration. Le SIISNEQ-CSQ rencontrera prochainement la direction responsable de l’hébergement de longue durée au CIUSSS. Les choses doivent absolument changer et nous y veillerons! », conclut-elle. ■ Pour consulter le fichier PDF, cliquez sur le lien suivant Nouvelles CSQ-automne_2016-sante